Scène Musicale Mobile

Direction artistique Alexis Thépot


Concerto pour un plateau nu

Création 2020

Espace public

Tout public

 

Premières images d’un rêve que j’ai eu et qui a précédé l’écriture...

„Un plateau nu. Lumière blanche. Un homme immobile s’effondre pour la 37e fois de sa chaise, sur la même sonate qui s'interrompt toujours à la même mesure.
Il balance la chaise. Enfin. Sa colère retombe, il est encore plus seul. Regard public.
Noir. Silence.
On balaie dans le noir. La lumière blanche revient.
On refait cette scène avec un autre angle de vue.
Nouvelle chaise identique.
Même lumière. Même musique, même arrêt, même chute. Même déplacement.
Noir. Silence.
On balaie dans le noir. La lumière blanche revient.
On retrouve l’acrobate perché sur une chaise dont les pieds mesurent 3 mètres. Il scie les pieds de sa chaise un à un, jusqu’à la chute.
Noir juste avant l’impact avec le sol.
On le retrouve allongé.
Noir.
Son de tuiles qui tombent, d’abord une à une, puis par paquets entiers dans un long crescendo.
Lumière bleutée.
Nuage de poussière. Il va allumer une ampoule nue qui pend au-dessus du plancher.
La musique reprend.
Elle se coupe quand il éteint la lumière. Il s’en amuse. Ouvert-fermé, ouvert-fermé, d’abord lentement puis de plus en plus vite. À chaque fois la musique reprend et se coupe quand
il éteint. De plus en plus vite, jusqu’à ce que l’ampoule claque.
Pénombre.
La musique, elle, continue alors davantage nuancée, sur un tempo plus rapide. Elle ralentit comme un disque vinyle qui perd en intensité. L’homme fait un massage cardiaque au plancher.
Le son retrouve sa qualité, un moment, puis il faiblit à nouveau. L’homme reprend son massage
jusqu’à casser le plancher, enfoncer les planches.
La musique se coupe pour laisser place à un bourdonnement.
Il cherche le son du bourdonnement qui se déplace dans l’espace.
Tout en esquivant ces fantômes imaginaires, il semble chercher à réparer la partie abimée du plancher. Il commence à caresser le plancher qui se met à sonner ; (capteurs sous le plancher).
Il commence à explorer les possibilités musicales percussives qui s’offrent ainsi à lui.
Il s’en suit une course poursuite avec le son qui se déplace, comme un jeu de cache-cache dans une architecture sonore, où l’on ne sait pas qui dirige qui.“

Alexis Thépot

 

Note d’intention dramaturgique

En résonance avec l’actualité, je veux travailler sur l’état de colère et les situations clownesques qui en résultent. Je souhaite explorer cet état en utilisant le langage du mouvement, sans utiliser la parole.

Le personnage qui va libérer sa colère sera interprété par deux circassiens, en ping-pong. Deux visages pour un même corps vont tisser un dialogue avec un plancher sonorisé. Ils incarnent deux expressions de la colère : l'un la contient l'autre la libère, jusqu'à une transe euphorique qui invite le public à danser.

Le fil dramaturgique est le rapport de chaque acrobate avec le sol : un parquet personnifié qui va lui servir de défouloir – de confident puis de tremplin. Il va parler à ce dernier, le cogner et lui porter toute son attention.

En définitive, cet homme cherche à s’occuper de lui-même, à se soigner lui-même, reprendre pied sur de nouvelles fondations. Pas d’accessoires ni de symboles, tout est focalisé sur l’énergie de l’acrobate, seul en scène, en communion avec ce plateau nu. S'adressant à son agré, l’acrobate parle à son propre socle, à ses fondements qui ont tremblé. Sa seule issue possible, c’est ce sol, qu’il va éprouver pour se relever et rebondir.

Le parquet lui répond, émet des sons (résonateurs à cordes tendues et micros sous le plancher). La musique va naître des appuis de sa transe colérique. Il se tisse un langage musical, où les acrobates deviennent musiciens à part entière et composent le groove de cette catharsis. Il s’en suit une course poursuite avec le son qui se déplace, comme un jeu de cache-cache dans une architecture sonore, où l’on ne sait pas qui dirige qui.

Puis les sons produits par l’acrobate vont interagir avec ceux des musiciens (violoncelle et contrebasse) présents au second plan autour du plateau.

Le public, disposé en cercle autour de la scène, est entouré de 13 enceintes éclatées dans le lieu de représentation. Les spectateurs, englobés dans le son, sont ainsi plongés dans un univers sonore cinématographique.

Cette architecture est une sorte « d’instrument-lieu » pour espace public, témoins de nos colères et d’une catharsis.

 

Note d'intention technique

Musicien et scénographe de formation, je me suis tourné vers le cirque pour explorer ses principaux attributs : la circularité, le rapport direct au public, l'engagement corporel, la création des agrès, et la dramaturgie musicale des enchaînements qui président à la narration. Voici pêle-mêle mes principales intentions de recherche sur ces points qui seront traités dans concerto pour un plateau nu.

 

Musique, mouvement et agrès

Une des intentions de base du projet est de travailler sur la colère pour une traduction sur l'agrès de l'acrobate : le sol. Pour exploiter la musicalité et la rythmique de ses appuis, la scénographie est constituée d’un plancher, un sol travaillé sur mesure pour exploiter les possibilités rythmiques de l’acrobatie. Ce dernier a des zones de rebond à certains endroits (ressort et élasticité des lambourdes) et des zones d'amortissement à d'autres. L'essentiel du travail est de rendre le plancher sonore de manière acoustique.

Beaucoup d'expériences dans le spectacle vivant ont déjà été menées mais pas de la même manière. Ce qui a été fait notamment c'est la captation du geste de l'acrobate ou du danseur, ou le déclenchement d'un signal midi par tel contact ou tel paramètre (pression/lumière/placement dans l'espace).

Dans notre cas, ce travail est complètement acoustique. Certes amplifié, mais cela ne passe pas par un déclenchement ni un traitement informatique, c'est directement le son acoustique de l'action de l'acrobate sur le sol sonore. Celui-ci contient des mécanismes de résonateur à cordes tendues. Cela se rapproche plus d'un agrès-instrument. Je parle aussi d'instrument lieu, puisque ce plancher fera 10 mètres de diamètre et le placement de l'acrobate est directement en relation avec la spatialisation du son autour du public. Chaque zone sonnera différemment à un endroit précis. Le geste de l'acrobate est un geste sonore, sa rythmique d'appuis sera directement transposée en une rythmique sonore. Dans l'idée, cela devrait finir par une transe acrobatique où le spectateur lui-même ressentira l’envie de danser.

 

Scénographie

La vision circulaire de l'espace est une problématique qui m'intéresse bien au-delà de l'aspect traditionnel ou même "pratico-économique". Cette disposition du groupe a la particularité que le public se voit lui-même. Cette circularité renforce la notion de communion, sans forcément rattacher ces notions à la religion mais plus largement à une notion de partage. Cette disposition renforce la dimension plurifocale des œuvres, où l'attention est aussi bien portée sur le centre que sur l'espace périphérique qui constitue notre environnement. Le sens des choses est autant donné par le contexte et les conditions "du regard" porté à ces choses, que par l'objet lui-même regardé. Tout cela aiguise la perception de l'espace au même titre qu'une pensée active et critique.

C'est avec ce souci d'ouverture sur l'environnement que j'ai voulu trouver un équilibre entre : "garder le cocon circulaire du chapiteau", et en même temps "ouvrir cet espace à l'environnement". Le Théâtre de Bussang l'avait déjà réalisé en créant un mur de fond de scène amovible révélant la nature. C'est avec cette image en tête que j'ai voulu transposer l'idée dans l'espace du chapiteau : ouvrir les entourages, et donner vie à l'environnement extérieur en y plaçant les enceintes (dans les devantures / les porches et les façades). Il y a cette notion de circularité dans la composition sonore qui spatialisera la musique, en suivant à courant ou à contre-courant les déplacements circulaires de l'acrobate.

 

La scénographie : un spectacle sous kiosque, dans la rue.

Le sol et l’architecture couvrante en arche sont les seuls éléments scénographiques.

Le plateau est un plancher hexagonal de 9 mètres de diamètre. Il est déplié à partir d’une remorque qui soutient aussi les arches du kiosque. La scénographie sonore est un dispositif de 13 enceintes qui entourent les spectateurs et la structure afin de faire circuler le son et lui donner le plus de matérialité possible par son déplacement. Un dispositif de micros et de capteurs permet au musicien d’effectuer des circulations de sons autours des spectateurs qui suivent ou interagissent avec les mouvements de l'acrobate.

Le public est en circulaire autour de la scène de manière à être englobé dans le son. Les enceintes sont placées dans l’espace urbain pour créer différents plans sonores et faire résonner l’environnement.

 

La Musique

La musique va naître des actions de l’acrobate avec le sol : du bruit de ses pas, des appuis de sa transe colérique, scènes d'explosions, de combats et de colères. Puis les sons produits par l’acrobate vont interagir avec ceux des musiciens présents au second plan autour du plateau.

L’acrobate va tenter de la faire exister par le mouvement, pour donner corps à cette chose invisible, pour en faire son compagnon de route. Un objet pour dialoguer, pour se purger et se rassurer. En plus du violoncelle et du piano, pour compléter leur instrumentarium, les musiciens utilisent le plancher lui-même et spatialisent ces sons électro-acoustiques produits en direct pour créer une architecture sonore dans laquelle les acrobates se déplacent.

Les outils de spatialisation du son, ont été développés au GMEM, Centre National de Création Musicale (Marseille), par Alexis Thépot et Charles Bascou.

 

Les musiciens, Alexis Thépot et Quentin Buffier

Alexis Thépot et Quentin Buffier sont deux compositeurs regroupés sous le nom de "Microphonie".

Ils se sont rencontrés à Anères, lors d’un festival de cinéma muet et d'accompagnement musical en direct. Ils développent des univers qui comportent de nombreux éléments communs, notamment un goût assumé pour la mélodie.

Leur musique est très imagée et comporte beaucoup de lignes mélodiques épurées.

Ces musiciens se retrouvent aussi sur des esthétiques très diverses, ce qui leur permet de naviguer et de dialoguer dans leurs travaux respectifs souvent en lien avec les images qu'elles soient issues de films, du cirque, du théâtre ou de la danse. Musicalement, ils se situent à la frontière de la musique de chambre, du rock et du jazz, toutes ces étiquettes qui finissent par éclater au profit de leur esthétique propre.

Co-production : Le réseau grand Ciel, cirque en Lorraine, le MEMÔ, lieu de fabrique artistique (Maxéville), Le PALC, Pôle national des arts du cirque (Châlon-en-Champagne), CIRCa, Pôle national des arts du cirque (Auch), La Verrerie, Pôle national Cirque en occitanie (Alès), Le triangle (Huningue), Lacaze aux sottises, centre expérimental des arts de la rue et du cirque (Orion), La maison du savoir (Saint-Laurent-de-Neste), l’association Graine de cirque (Strasbourg), Pronomade(s)-CNAREP (Encausse les Thermes). Construction à l’Usine à Tournefeuille, recherche son au GMEM, Centre National de Création Musicale (Marseille). Avec le soutien du Ministère de la Culture-Drac Grand-Est, du Conseil Régionnal Grand-Est, de la Ville de Strasbourg, de l’ #Adami, #CopiePrivee, de la Spedidam.

 

DISTRIBUTION

Acrobates : José-Daniel Trouche et Emile Favarel. 
Composition musicale et scénographie : Alexis Thépot. Musiciens : Alexis Thépot (violoncelle), Thomas Valentin (piano) et Antoine Ferris (basse, contre-basse et effets).
Programmation numérique : Tim Langlois. Ingénieur du Son : Coline Ménard.
Construction remorque : Alexis Thépot et Serge Calvier.
Oeil extérieur : Benjamin Tricha et Dimitri Votano.

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